Archives mensuelles : décembre 2013

L’agriculture familiale : un modèle adopté par la majorité des agricultrices béninoises depuis des générations

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L’agriculture familiale est une agriculture dont la production repose sur la cellule familiale. La main d’œuvre est essentiellement constituée par les membres de la famille. Plusieurs raisons sous tendent le choix de l’agriculture familiale au Bénin depuis des générations. En effet elle permet à des familles de lutter contre la faim grâce à leurs productions agricoles dont une bonne partie est destinée à la consommation alimentaire. L’agriculture familiale couvre donc environ 80 % des besoins alimentaires au Bénin et concentre au moins 70 % des agricultrices. L’agriculture familiale constitue au Bénin depuis la nuit des temps le modèle d’agriculture qui permet aux familles pauvres d’éradiquer la faim et la malnutrition. Ceci justifie son adoption par la majorité des agricultrices soucieuses du bien être de leur famille.

«L’agriculture familiale constitue au Bénin depuis la nuit des temps le modèle d’agriculture qui permet aux familles pauvres d’éradiquer la faim et la malnutrition.»

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Par ailleurs l’agriculture familiale constitue aussi une épargne pour la famille rurale. Les chefs d’exploitation agricole familiale n’hésitent pas à vendre une partie de leurs productions pour la scolarisation de leurs enfants ou pour subvenir aux différents besoins vitaux de leurs familles.

« L’agriculture familiale constitue aussi une épargne pour la famille rurale. »

agriculture familiale..

«Beaucoup de chefs d’exploitations agricoles n’hésitent pas à livrer leurs fonciers aux entreprises agricoles et aux investisseurs. Cette situation affecte l’agriculture familiale qui a nourri pendant des années nos familles rurales comme périurbain.»

En outre avec l’industrialisation de l’agriculture et l’installation des industries agroalimentaires dans nos villages ces dernières années, beaucoup de chefs d’exploitations agricoles n’hésitent pas à livrer leurs fonciers aux entreprises agricoles et aux investisseurs. Cette situation affecte l’agriculture familiale qui a nourri pendant des années nos familles rurales comme périurbain. De même, l’agriculture familiale est confrontée aux nombreuses autres difficultés à savoir : le changement climatique qui affecte la production des cultures et des animaux, l’accès aux intrants et aux semences de qualité, et les aides techniques et financières à toutes ces exploitations au Bénin. Cette agriculture a besoin donc d’un soutien fort de tous les acteurs soucieux du développement agricole au Bénin, afin que la sécurité alimentaire puisse être garantie à toute la population. La mise en place d’une politique d’acquisition des terres par les grands investisseurs agricoles et une conservation des terres sont aussi nécessaire pour la pérennité de l’agriculture familiale.

«La mise en place d’une politique d’acquisition des terres par les grands investisseurs agricoles et une conservation des terres sont aussi nécessaire pour la pérennité de l’agriculture familiale.»

Femme créative, entreprenante et leader en zone rurale

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A la découverte de Mme Laure Nanoukon

Directrice de la ferme agricole « Nanoukon » et présidente du groupement des rizicultrices de la commune de Zè située au Sud du Bénin, Laure Nanoukon a accepté livrer dans cette interview les secrets de la femme leader rurale.

Femme Agriculture et Développement Rural  : Présentez-nous votre ferme agricole.

Nanoukon Laure : La ferme agricole « Nanoukon » est une entreprise agricole créée en 2008. Elle couvre une superficie de 15 hectares et un bas-fond étendu sur 8 hectares exploités pour la riziculture. Nos principaux activités sont : la production du mais, la riziculture, le maraîchage dans le compte de la production végétale. En ce qui concerne l’élevage, nos principales spéculations sont : la pisciculture, la cuniculture, l’élevage des petits ruminants et l’élevage des canards. Nous produisons aussi des palmiers à huile (palmiers sélectionnés) avec un rendement de 200 Litres d’huiles rouges par mois.

Vous faites aujourd’hui une brillante carrière dans le domaine agricole, quelle est votre formation de base et comment avez-vous commencé ?

Depuis mon enfance, je suis une passionnée de l’agriculture. C’était vraiment un plaisir pour moi de participer aux travaux champêtres, de conduire l’élevage des animaux. Une fois inscrite à l’école, mes parents n’en doutaient pas, j’étais partir pour faire plus tard carrière dans l’agronomie. Malheureusement le Baccalauréat ne m’a jamais sourire. Je me suis inscrite alors dans un centre de formation agricole  de la place (Centre Songhaï) où j’ai suivi une formation de 4 ans en agronomie.

A votre avis une entreprise agricole est t- elle rentable ?

J’emploie sur ma ferme une dizaine d’ouvriers et jusqu’à présent ma production ne couvre pas encore la demande. Que ce soit en pisciculture, cuniculture, maraîchage et toutes les autres spéculations, nous écoulons nos produits aussitôt produits et nous faisons de bonnes recettes.

Entant que présidente du groupement des rizicultrices de votre village, quelle est votre conception de la femme leader en milieu rural ?

En général le leader est une personne qui a au préalable une certaine compétence, s’engage à mettre en pratique ses compétences avec la bonne collaboration d’une équipe ou d’un groupe dans le but d’accomplir une tâche ou d’atteindre un objectif. En milieu rural, une femme leader est une femme modèle, créative, motivée qui mobilise les autres femmes ou hommes, partage sa vision et ses expériences avec eux, les sensibilise aux bonnes pratiques dans le but d’améliorer leur condition de vie, leur situation économique et enfin le développement local.

A votre avis, qu’est ce qui explique le déficit de femmes leaders en milieu rural au Bénin ?

Il est important de reconnaitre d’abord qu’en ce qui concerne la participation des femmes aux activités agricoles au Bénin, le rôle de la femme n’est plus à démontrer. Deux causes principales expliquent le déficit de femmes rurales leaders. Je souligne premièrement les facteurs socioculturels, les réticences qui freinent l’accès des filles et des femmes à l’éducation et à l’information et donc au leadership. Après cette cause liée aux us et coutumes, il faut noter que le manque de confiance en soi ; la crainte de prendre des responsabilités ; la crainte de mal faire, d’être critiquée, de parler en public, la timidité…limitent certaines femmes à devenir leader malgré leurs compétences. Par ailleurs, le déficit de femmes leaders en milieu rural peut être due aussi à des facteurs économiques. L’autonomie financière des femmes est également essentielle pour permettre à la femme de gagner confiance en elle et d’atteindre des postes à responsabilités. Pour émerger comme leader féminine, il faut d’abord être autonome au plan financier. Une femme économiquement autonome a plus confiance en elle-même, elle améliore sa confiance, elle va oser prendre des initiatives, donner son point de vue, etc.

Que pensez vous de l’approche genre dans les Organisations Paysannes (OP), faut-il imposer des quotas quantitatifs et /ou qualitatifs de représentantes féminines dans les instances des OP ?

A mon avis, les quotas sont un moyen utile pour augmenter de façon assurée la participation des femmes aux instances des OP, mais ce système d’imposition des quotas risque de se révéler dévastateur si la femme placée comme leader n’a pas les compétences et les capacités pour le poste qu’on lui confie.

En quatre mots, quelles sont selon vous les qualités d’un leader ? Confiance – Ingéniosité – Courage – Créativité.

Un message à l’endroit des femmes rurales

Femme rurale, ma sœur battante, je ne doute pas de tes potentialités. Tout ce qui te manque c’est de la volonté, décide toi maintenant et plus jamais on assimilera la femme rurale à la pauvreté, l’ignorance et victimes de toutes les souffrances d’une société. Bats-toi pour ton autonomie et sache ceci : l’autonomie peut débuter par l’auto-emploi. Les femmes doivent aller au-delà de la notion de travailler pour d’autres personnes et commencer à travailler pour elles-mêmes. Par ailleurs, créer une entreprise contribuera à créer de nouveaux emplois et à renforcer la position d’autres femmes.

Intégration des femmes dans la filière néré au Bénin : transformation des noix de néré en moutarde locale

Moulure des graines de néré traités

Communément appelé « afitin » au Bénin, la moutarde béninoise est fabriquée à base de graines de néré fermentées. Ainsi « afitin » est un produit agroalimentaire traditionnel au Bénin. Il est très apprécié des populations. Cette activité de transformation agroalimentaire des noix de néré en moutarde constitue une ingéniosité des femmes d’ethnie fons. Ainsi la région Sud-Bénin particulièrement Abomey-Bohicon est le siège de cette activité qui s’inscrit aussi bien dans la sécurité alimentaire que dans l’autonomisation financière des femmes transformatrice de noix de néré.

«La transformation agroalimentaire des noix de néré en moutarde constitue une ingéniosité des femmes d’ethnie fons. cette activité s’inscrit aussi bien dans la sécurité alimentaire que dans l’autonomisation financière des femmes transformatrice de noix de néré.»

Traitement des graines de néré

Par ailleurs, malgré la professionnalité et la maitrise de la transformation des graines de néré, ce produit tend de nos jours à perdre sa qualité originale qui a duré des générations. Depuis quelques années, l’afitin original, produit exclusivement à base de graines de néré cède sa place progressivement et nous avons sur le marché un nouveau produit : l’afitin fon à base de graines de néré et de soja. En effet la cherté des graines de néré oblige les productrices à introduire une denrée alimentaire (le soja) moins chère à la graine de néré dans la préparation de la moutarde, ceci dans le but de rentabiliser la production.

«La cherté des graines de néré oblige les productrices à introduire une denrée alimentaire (le soja) moins chère à la graine de néré dans la préparation de la moutarde, ceci dans le but de rentabiliser la production.»

Traitement des graines de néré

Le Néré, étant une espèce qui disparaît sous le poids de l’âge, ou sous l’effet de fortes exploitations, il urge qu’une campagne de production de néré soit faite pour qu’on n’assiste pas à la rareté de l’espèce et la disparition totale de notre « afitin » original.

Il urge qu’une campagne de production de néré soit faite pour qu’on n’assiste pas à la rareté de l’espèce et la disparition totale de notre « afitin » original.

Moutarde emballée