Archives mensuelles : mars 2014

Filière riz au Bénin : SOS, l’Etat doit venir au secours des mini-rizeries

Pendant plusieurs années, le Bénin a disposé de deux rizeries : l’une installée à Malanville (dans le Nord du pays) et l’autre à Glazoué (dans le centre du pays). Ce nombre infirme de rizeries ne permet pas l’accès du riz « made in Benin » à toute la population béninoise. D’où l’avènement du PDRN (Projet de diffusion du riz Nérica) avec la création de cinq mini-rizeries dans les communes de Tanguiéta, Materi, Cobli, Glazoué, Dassa.  Bientôt 2ans d’existence du PDRN, le bilan n’est pas positif. Nous constatons que 4 des mini-rizeries ne fonctionnent plus. Nous avons pu obtenu un entretien avec Madame GBEGLO Fidèle, responsable de la mini-rizerie de Glazoué, la seule mini-rizerie  actuellement fonctionnelle.

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Entant que responsable de la mini-rizerie de Glazoué, expliquez nous brièvement le fonctionnement de l’usine et votre rôle ?

Depuis la création de la mini-rizerie, j’assure son fonctionnement avec une équipe composée d’une quinzaine de femmes que je dirige. La gestion de l’usine étant automne, toute la chaine de transformation se fait sur le site ici. Après  l’achat du riz paddy chez les riziculteurs,  le riz paddy est réceptionné sur le site. Ensuite toute la chaine de transformation du riz paddy est effectuée à la mini-rizerie ici. Nous disposons d’un machine de pré-nettoyage, de nettoyage pour la séparation des déchets ; d’un épierreur, d’une décortiqueuse, d’une table densimétrique pour la séparation du riz décortiqué du riz non décortiqué ; d’un blanchisseur du riz, d’un calibreur pour la séparation du riz entier du riz cassé, d’un polisseur pour rendre le riz lisse et d’une ensacheuse pour l’emballage du riz. Je rappelle que nous ne disposons pas ici d’une trieuse chromatique donc le tri se fait ici à la main par les femmes afin de séparer le riz hors norme du riz entier. Nous faisons un travail très passionnant ici et nous mettons sur le marché un riz local « made in Benin ». La quantité de riz produite en temps normale à la mini-rizerie de Glazoué ici est de 20Tonnes par jour. La mini-rizerie dispose d’une boutique sur le site, les ventes se font donc sur place.

Qu’est ce qui fait la spécificité de la mini-rizerie de Glazoué ?

La mini-rizerie de Glazoué est spécialisée dans la production du riz FEMI , un riz propre à la mini-rizerie de Glazoué. Le riz FEMI est un riz blanc, long grain, entier, très propre, lisse et bien ensaché sous le respect strict des normes hygiéniques en matière de transformation agro-alimentaire.

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Cinq mini-rizeries au départ sur le plan national, nous nous retrouvons aujourd’hui uniquement à la mini-rizerie de Glazoué pour tout le Bénin, mise à part les deux rizeries Etatique, qu’est ce qui explique selon vous, la fermeture des autres mini-rizeries ?

Beaucoup de crises ont secoués de manières successives les mini-rizeries. Nous rencontrons beaucoup de difficultés. A la mini-rizerie de Glazoué, nous essayons de résister grâce  au dynamisme et à l’engagement des femmes travailleuses de l’usine mais malgré nos efforts et notre volonté,  l’horizon parait de plus en plus sombre pour nous.  La preuve est que depuis le mois de Janvier, nous n’avons plus produire

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Quels sont les difficultés que vous rencontrez ?

Nous pouvons résumer nos difficultés en trois points :
–    L’absence d’électricité sur le site : cette absence d’électricité sur le site nous oblige à utiliser le gazoil pour faire tourner l’usine, ce qui rend le coût de production élevé.
–    La cherté du riz paddy due au non subvention des producteurs de riz par l’Etat. Le riz paddy est passé de 100FCFA à 170FCFA en quelques mois. Et je rappelle qu’il faut 3kg de riz paddy propre sans déchet pour produire 1kg de riz fini. Ceci entraine une élévation du coût de la production et un problème de rentabilité économique pour la mini-rizerie.
–    La présence sur le marché du riz paddy de mauvaise qualité due à l’absence d’encadrement  techniques et formation des producteurs de riz. Avec le riz paddy de mauvaise qualité, nous obtenons plus de 50% de riz hors normes impropre à la consommation  et de riz cassé au détriment du riz entier. Ainsi nous sommes confrontés à un problème de rendement et de rentabilité économique.
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Quelles mesures prenez-vous pour contrôler ces difficultés ?

Pour éviter les rendements faibles, nous essayons à notre niveau à l’usine de contrôler la qualité du riz paddy. Nous contrôlons par exemple le  taux d’humidité du riz paddy afin de réduire le taux de cassure du riz lors du décorticage . Pour les riz paddy humide, nous procédons au séchage solaire avant le passage du riz paddy à l’usine.

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On raconte que les béninois n’aiment pas consommer local, quel est l’état du marché au niveau de la mini-rizerie de Glazoué ?

Les béninois aiment bien sûr consommer local. La mévente des produits locaux enregistrés au Bénin est due très souvent aux coûts élevés des produits locaux. Il ya un problème d’accès financiers qui se pose. N’oublions pas que la population est majoritairement pauvre donc si le produit local est cher, la population est obligée de se tourner malgré elle vers les produits importés moins coûteux. Il est donc important de réduire les coûts de production afin de rendre les produits locaux accessible à tout le monde. Quant au riz FEMI , il est bien vendu mais nous pourrions enregistrer beaucoup de vente si nous réduisons nos prix de vente, ce que nous n’arrivons pas encore à faire à cause des coûts de production élevés.

Quelles solutions préconisez-vous pour la bonne marche des mini-rizeries ?

L’Etat doit initier un programme de formation, d’encadrement technique et d’appui financier à l’endroit des riziculteurs. Subventionnés les producteurs de riz, les aidés à installer des barrages, des motopompes afin d’irriguer leur surface rizicole en toute saison de l’année et d’avoir une bonne production. Ceci permettrait la disponibilité du riz paddy de bonne qualité, à moindre coûts et accessible à toutes les mini-rizeries. Je pense que l’appui et les subventions doivent aller à la base, à l’endroit des producteurs du riz. C’est mieux que cette politique de l’Etat qui consiste à subventionner les sacs de riz issus des deux rizeries Etatiques au niveau de l’ONASA (Office National de la  Sécurité Alimentaires). L’Etat doit comprendre que toute la population béninoise n’a pas accès au riz subventionné de l’ONASA, et l’appuis aux producteurs de riz permettrait aux mini-rizeries de continuer à fonctionner, ceci dans l’avantage de tout le monde.

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Importance de l’élevage dans la réduction de la pauvreté : cas de l’élevage des petits ruminants

L’élevage joue un rôle très important dans la lutte contre la pauvreté

SAM_2411Au Bénin, l’élevage a une grande importance économique et sociale  dans les zones rurales. Il joue un rôle très important dans la lutte contre la pauvreté. En effet l’élevage constitue une activité secondaire aux ménages ruraux d’agriculteurs de subsistance. Environ trois ménages agricoles sur quatre pratiquent l’élevage.

Les petits ruminants ont une valeur particulière pour les éleveurs pauvres

SAM_2250Comme pour la volaille,  les petits ruminants ont une valeur particulière pour les éleveurs pauvres en raison du faible coût de production, des courts intervalles entre les générations et surtout de la valeur (coût) de l’animal à la vente. Sur le plan socio-économique, l’élevage des petits ruminants constitue à la fois un capital et une épargne pour les ménages pauvres. Elle contribue à la formation du revenu et à la couverture des besoins vitaux  des ménages ruraux après la vente de l’animal. Les petits ruminants ne faisant pas objet d’interdit alimentaires, ni religieux, les éleveurs ne se tracasse pas à la vente. Pour beaucoup d’éleveurs de petits ruminants investigués, à part la période de  fête de tabaski et la période des fêtes de fin d’années où ils effectuent de grandes recettes,  ils vendent les animaux de façon occasionnelle, soit pour payer les frais de scolarité à leurs enfants, soit   pour payer les éventuels soins de santé aux membres de leurs familles.

Le développement de l’élevage des petits ruminants contribuera à la réduction de la pauvreté

L’élevage des petits ruminants occupant la majorité des ménages ruraux , Il est important d’y accordé plus d’attention. Ainsi une politique de promotion de l’élevage des petits ruminants prendra certainement en compte une part importante de la population rurale majoritairement pauvre. Enfin le développement de l’élevage des petits ruminants contribuera à la réduction de la pauvreté.

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Autonomie financière des femmes grâce aux maraîchages

SAM_2573Financièrement autonome grâce aux activités maraîchères depuis 28 ans sur le site de maraîchage de Houéyiho (Cotonou, Bénin) et membre de la Coopérative des jardiniers de Houéyiho (CJH) de Cotonou, la soixantaine d’âge Madame HOUNADJA Jeanne nous relate sa carrière, sa passion.

Femme Agriculture Développement Rural : 28 ans de carrière et de fidélité à la terre, dites-nous pourquoi vous avez choisi le maraîchage comme activité économique principale? 

J’ai choisi le maraîchage comme activité économique principale parce que j’aime la terre et elle ne ment pas. Toute mon enfance et mon adolescence j’ai aidé mes parents dans le champ familial au village. Cultiver la terre, c’est ce que je sais le plus faire. Alors arrivée en ville et une fois après mon mariage, j’ai décidé de continuer mon métier d’agricultrice et la seule possibilité qui s’était offerte à moi était le maraîchage car les autres cultures (culture de céréales, tubercules etc.) ne se font pas en ville. Grâce à cette activité, j’assure une alimentation saine à ma famille, j’ai appuyé mon mari dans la scolarisation de nos enfants. Les récoltes dans le jardin se font en toute saison contrairement aux champs et les recettes sont presque quotidiennes. Je n’attends donc plus mon mari pour m’acheter un pagne ou pour me réaliser un projet.

Femme Agriculture Développement Rural : Au nombre de 54 femmes contre 354 hommes en 2004, le nombre d’acteurs sur le site de maraîchage est aujourd’hui de 6 femmes sur 402 hommes, à votre avis pourquoi beaucoup de femmes ont abandonné?

Les femmes croient au maraîchage mais l’absence d’appui financier et les difficultés d’accès des femmes aux crédits agricoles ont amené beaucoup de femmes à abandonner. En réalité pour réduire la pénibilité du travail, il est nécessaire d’acquérir par exemple une motopompe  (dont l’installation revient à environ 450.000F) pour l’arrosage. Il n’est pas évident d’utiliser chaque jour un arrosoir manuel pour arroser des centaines de planches. Beaucoup de femmes finissent pas en tomber malade et à défaut de se procurer une motopompe faute de moyens financiers, abandonnent.

Femme Agriculture Développement Rural: Quelles sont les valeurs que vous pratiquez dans votre vie et dans votre travail de tous les jours ? 

Je suis de nature humble et très ouverte au monde. Malgré mes expériences dans le maraîchage, je ne me prends pas pour une incontournable. Je suis toujours prête à apprendre des autres, de même que prête à partager mes expériences. J’ai un grand sens de l’honnêteté et de la solidarité.

Femme Agriculture Développement Rural: D’après votre expérience, le métier de maraîchage est – il rentable ? 

Les demandes deviennent de plus en plus grandes avec la pression démographique. Aucune mévente sur le site n’a été encore enregistrée, ici les acheteurs (en gros comme en détail) s’alignent en fil. Nous faisons de bons chiffres d’affaires. La période des fêtes de fin d’année, le mois du Ramadan et le temps de Pâques sont les moments de grandes recettes. Nous faisons en ces périodes jusqu’au triple de nos chiffres d’affaires.

Femme Agriculture Développement Rural: Avez vous un mot à l’endroit des femmes passionnées par le maraîchage mais qui hésitent encore ?

Le maraîchage leur permettra d’assurer la sécurité alimentaire de leur famille y compris celle de leur communauté et d’être autonome  financièrement. Et je pense que ce sont les deux grands rêves de la femme : le bien être de ses proches et son indépendance financière. Les femmes doivent donc s’y accrocher, çà vaut le coût.

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